Enfin, samedi soir. Dernier soir. Celui où l’on commence à connaître par cœur les coins et recoins du festival, où les oreilles ont commencé à s’adapter au son permanent, où l’on tient plus longtemps car l’on a gagné en endurance mais aussi où une pointe de nostalgie commence à apparaître. Raison de plus pour en profiter.

Jesus Christ Fashion Barbe, en début d’après-midi à l’Ubu, démarre le marathon du samedi. Le trio caennais, qui a raflé tous les tremplins sur son passage quelques mois seulement après sa création, doit faire ses preuves dans cette étape si particulière dans la vie d’un groupe de l’Ouest que sont les Transmusicales. Il y en a bien un, dans le trio, qui ressemble à Jesus, nous sommes pourtant assez loin de la musique chrétienne. Le rock sombre et grave du groupe résonne durement et l’on sent assez vite une aisance musicale se dégager de ces jeunes gens sérieux. Plutôt que sur la recherche d’excentricité sonore, les normands se concentrent sur des mélodies charnues et directes, le tout dans une ambiance relativement sobre. Du résultat se dégage finalement une touche très personnelle et originale. On est évidemment frappé par le naturel qui ressort de concerts, tant par l’attitude que par les compositions du groupe : ni trop d’effets, ni trop d’excentricités, l’essentiel est dans le contenu. Et ça marche. Un groupe à revoir très vite.

Jesus Christ Fashion Barbe – Transmusicales 2011 – Paul Deparis

La démarche des barbus branchés est tout à fait inverse à celle de Mein Sohn William. Seul sur scène, le jeune homme s’amuse d’une panoplie de samplers avec lesquels il enregistre et réenregistre voix, claviers et guitare, créant, additionnant, et soustrayant les boucles une petite heure durant. Les morceaux sont plutôt riches mais tellement longs à mettre en place que l’on se fatigue vite à attendre. Les gadgets sonores défilent et l’on s’ennuie durant ce concert plus technique qu’humain. Le jeune homme bénéficierait grandement d’un véritable groupe autour de lui, au lieu de perdre son temps sur ces samplers, qui retirent au concert toute sa substance. Dommage.

Mein Sohn William – Transmusicales 2011 – Paul Deparis

C’est au 4Bis, un peu plus tard, que l’on assiste à l’un des moments les plus forts de ce festival. Giana Factory, trio danois entièrement féminin, a quelque chose de profondément troublant. Maquillées de deux triangles sur les joues et vêtues de larges t-shirts uniformément imprimés, ces amazones à la beauté sombre et sensuelle ne font qu’une bouchée du public rennais. Leur électro-pop psychédélique et envoutante emmêle les nappes fondues d’un synthé, les rythmes répétitifs d’une batterie électronique, et les riffs saturés d’une guitare électronique. Mené par la délicieuse Louise Foo, qui a une ressemblance frappante avec sa sœur Sharin, des Raveonettes, le concert des trois voix offre une harmonie douce et froide qui n’est pas sans rappeler l’esprit des Raveonettes. Cet tendance familiale se retrouve dans l’usage de la guitare, où le plaisir de laisser sonner les notes d’un ampli saturé prend souvent le dessus. Les sons, les visages, et les visuels hypnotisent tandis que le rythme se fait également de plus en plus dansant tout au long du spectacle. Un moment particulier donc avec ces danoises que l’on espère revoir bientôt.

Giana Factory – Transmusicales 2011 – Paul Deparis

Plusieurs dizaines de minutes plus tard, les espagnols de Guadalupe Plata enchaînent sur la scène du 4Bis avec un blues rugueux qui nous amène quelque part entre les plaines arides du Texas et celle d’Andalousie. Le temps est à l’orage et le trio assène des morceaux authentiques et habités, très souvent instrumentaux. Une bonne découverte.

Guadalupe Plata – Transmusicales 2011 – Paul Deparis

Direction l’Aire Libre, où le label Clermontois Kütu Folk Records a investi les lieux pour 5 jours. Soso, artiste canadien, entame la soirée avec un hip-hop électronique plutôt convaincant. Accompagné d’un guitariste, il charme l’audience avec des mélodies plutôt bien construites, bien que certaines mimiques scéniques mériteraient d’être adoucies. Viennent ensuite The Delano Orchestra, collectif folk clermontois, qui développe une folk-pop progressive et mélodieuse. Le groupe fait intervenir tour à tour piano, guitares et violons dans une ambiance boisée apaisante, qui aurait néanmoins bénéficié d’un petit sursaut en milieu de set.

Soso – Transmusicales 2011 – Paul Deparis

La tête d’affiche très attendue de cette quatrième soirée Kütu Folk est Kim Novak. Incandescents, le quatuor caennais joue à deux guitares, une basse et une batterie les airs lumineux de leur second album, The Golden Mean. Véritable pépite, cet album regorge d’une mélancolie qui traverse le concert de part en part. Cousins rock de Beach House, les Normands inondent la salle de riffs classieux, qui semblent étinceler dans les lustres de cristal qui surplombent la scène. La triste ballade de Merry-Go-Round ou l’urgence romantique de Love Affair font tour à tour vibrer la salle, tandis que le second guitariste, Augustin, accentue encore la tension qui parcoure l’assemblée, dans une envolée vocale stupéfiante sur Will You Marry Me. Jérémie, longiligne chanteur du groupe, fascine par sa sincérité débordante et sa voix est soutenue tout au long du concert par la présence intelligente de quatre choristes. Le concert, malheureusement, est écourté du fait des retards accumulés, et le groupe cède la place au Kütu Folk Band. Kim Novak remporte néanmoins son pari de scotcher le public exigeant de l’Aire Libre, avec une virtuosité sans faille empreinte de charisme et d’une intense émotion.

Kim Novak – Transmusicales 2011 – Paul Deparis

Le reste de la soirée se déroule au Parc Expo. On peut voir la fin de Carbon Airways, ébouriffante fratrie de 14 et 15 ans qui assène un électro-punk rappelant Crystal Castles avec des voix enfantines. Renversant d’efficacité, il est cependant difficile de n’y voir autre chose qu’un concept, tant on imagine mal un groupe formé par un frère et une sœur pré-adolescents avoir un certain avenir dans l’immédiat. Mais peut-être une belle promesse pour dans quelques années ?

On assiste brièvement à la fin du concert de Hanni El Khatib, bien trop brièvement pour se faire un véritable jugement.

Nous arrivons là à la dernière claque de la soirée : Spoek Mathambo. Le sud-africain, un peu touche à tout, était l’un des artistes les plus attendus de cette édition. A juste titre. Unique, son hiphop qui se pare d’un électro des plus tordus et d’un saxophone aussi étrange qu’inattendu crée tout de suite une atmosphère électrique. Accompagné d’un machiniste/saxophoniste et d’un batteur, Spoek Mathambo apparaît habillé d’une veste rouge, portant des lunettes rondes et futuristes sur le nez et une casquette sur la tête. Il s’empare de la scène très vite et se montre en véritable show-man. Ses compositions, qui surfent entre la rave, le reggae, le jazz et des airs tribaux, prennent aux tripes, tandis que le jeune homme, particulièrement communicatif, parvient facilement à faire danser le Hall 4. En guise de conclusion, sa version hallucinée de Control de Joy Division, déjà incroyable en version studio, prend une ampleur ahurissante en live. Un vrai choc. A revoir très vite.

Spoek Mathambo – Transmusicales 2011 – Paul Deparis

Le reste de la soirée sera, il est vrai, un peu plus flou. On assiste quelques minutes à la fin du set efficace d’Agoria qui termine sur un remix euphorisant de How Deep Is Your Love des Raptures. On assiste quelques minutes également au concert puissant d’Huoratron, qui nous fait passer un plutôt bon moment sur le dancefloor géant qu’est devenu le Hall 9.

Spank Rock, groupe de hiphop américain, produit un set terriblement plaisant, plus proche des canons du genre que ne l’était Spoek Mathambo, mais bien huilé et véritablement accrocheur. Tantôt à tendance rock, toujours avec des sons synthétiques derrière, on passe un bon moment devant le groupe qui met dans sa poche le Hall 4 en un clin d’œil.

Un peu plus tard, Holloys laisse un peu indifférent et l’on préfère se rabattre sur le dansant Don Rimini et son set tant visuel que sonore, puis Fukkk Off qui nous achève avec un son plus minimaliste.

Transmusicales 2011 – Paul Deparis

Ce samedi soir aura été sans conteste l’apothéose de ce festival, avec des concerts d’une grande qualité. D’une manière générale, cette édition 2011 des Transmusicales aura été relativement réussie. Lewis Floyd Henry, Breton, Kim Novak, Giana Factory et Spoek Mathambo sont sans conteste le quintet gagnant de cette édition. Je regrette quelque peu d’avoir manqué les concerts de la Cité, notamment Ghostpoet. Mais peu importe, la programmation est faite ainsi qu’on ne peut tout voir. A l’année prochaine, Transmusicales !

———————–